Comprendre le stress utile, apprivoiser le stress chronique
Le stress n'est pas votre ennemi. C'est une réaction vitale, héritée de nos ancêtres préhistoriques, qui prépare notre corps à réagir face à un danger : combattre ou fuir.
Cette montée d'adrénaline, cette accélération du métabolisme, nous ont permis de survivre. Tant que ce mécanisme reste ponctuel et suivi d'une phase de récupération, tout va bien.
Mais aujourd'hui, le problème est ailleurs.
L'épuisement silencieux du stress chronique
Le vrai danger, c'est le stress chronique. Il ne s'agit pas seulement d'une dispute ou d'une mauvaise nuit. C'est l'addition de toutes les petites et grandes agressions du quotidien :
Les pesticides dans notre alimentation.
Un repas avalé trop vite.
Une surcharge de travail.
La sédentarité, même pour les plus sportifs d’entre nous.
Les nouvelles anxiogènes diffusées en boucle.
Toutes ces tensions mobilisent constamment les mêmes ressources nerveuses et hormonales, sans jamais laisser à notre corps le temps de récupérer.
Nous puisons dans nos réserves jusqu'à l'épuisement. C'est un processus lent, qui peut prendre des décennies avant que les premiers symptômes apparaissent: fatigue, troubles du sommeil, irritabilité, brouillard mental…
Le lien de cause à effet devient alors difficile à établir.
L'impuissance, le poison de notre époque
Le pire des stress est celui face auquel nous sommes impuissants.
Face à une guerre, une crise économique ou des événements qui nous dépassent, nous pouvons parfois agir à notre échelle : soutenir, nous engager, manifester, contribuer.
Mais lorsque l’information devient un flux continu d’alerte, sans possibilité d’action immédiate, notre système nerveux peut réagir comme s’il faisait face à un danger réel.
Sans possibilité d'agir (ni combattre, ni fuir), le système nerveux entre en mode « sidération » (freeze).
Les recherches ont montré que cet état d'impuissance apprise est extrêmement nocif et peut déclencher des maladies graves.
Pour aller plus loin sur le fonctionnement du système nerveux autonome, je vous recommande le film Mon oncle d’Amérique d’Alain Resnais (1980). Il illustre de manière très parlante les travaux d’Henri Laborit sur le stress, l’inhibition de l’action et nos mécanismes de survie.
Faut-il vraiment « se tenir au courant » au prix de sa santé ?
La question mérite d’être posée.
En choisissant consciemment de limiter notre exposition aux informations sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle direct, nous ne cherchons pas à devenir indifférents au monde. Nous choisissons plutôt de préserver une part précieuse de notre énergie pour ce qui compte vraiment : nous-même, nos proches, notre travail, notre communauté, et les actions concrètes que nous pouvons réellement poser à notre échelle.
C’est aussi une manière d’économiser nos ressources. Et potentiellement, de retarder l’apparition de certains symptômes.
Dans ma compréhension de praticien, un symptôme peut tout à fait apparaître du jour au lendemain. C’est souvent ce qui surprend : on a l’impression que “tout allait bien”, puis quelque chose se manifeste brutalement.
Pourtant, dans la majeure partie des cas, je constate, avec l’aide des patient·es, que la problématique n’a probablement pas commencé ce jour-là. Elle évoluait déjà depuis des années, parfois des décennies, de manière silencieuse.
Silencieuse, parce que le corps disposait encore de suffisamment d’énergie et de ressources pour réguler, compenser et maintenir un équilibre apparent.
Tant que les ressources restent supérieures à la charge globale que le corps doit gérer — stress, fatigue, alimentation, environnement, surcharge émotionnelle, manque de récupération, sollicitations nerveuses répétées, etc. — il est souvent possible de continuer à fonctionner sans symptôme évident.
Le symptôme se manifeste lorsque cette charge devient supérieure aux ressources disponibles. Il marque alors un basculement : le corps ne parvient plus à compenser comme avant.
Il arrive aussi que l’on attribue l’apparition d’un symptôme à un événement soudain, vécu de manière particulièrement intense : un choc émotionnel, une période de forte tension, un accident, une annonce difficile, une rupture…
Bien sûr, ces événements peuvent avoir un impact important. Mais le corps possède aussi une grande capacité de résilience et peut, dans de nombreuses situations, se remettre d’un “choc frontal”.
La question est parfois : cet événement a-t-il réellement tout déclenché, ou a-t-il été le point de bascule ?
Lorsqu’il survient chez une personne déjà fragilisée — parfois sans en avoir pleinement conscience — il peut devenir ce que l’on appelle “la goutte d’eau qui fait déborder le vase”. L’expression est d’ailleurs imparfaite, car il s’agit souvent moins d’une goutte que d’une véritable cascade.
Dans cette perspective, le symptôme n’est plus uniquement un problème à faire disparaître. Il devient aussi un signal : il indique qu’il est nécessaire de changer de stratégie, d’économiser ses ressources, de mieux récupérer, et de redonner au corps les conditions nécessaires pour revenir progressivement vers l’équilibre.
Pour en revenir plus spécifiquement aux effets du stress, une étude canadienne publiée en juin 2000 suggère que l’anxiété chronique pourrait augmenter, sur le long terme, le risque de maladies cardiovasculaires, respiratoires, digestives et hypertensives.
Étude citée :
Physical illness as an outcome of chronic anxiety disorders
Un exercice respiratoire pour participer à reprendre votre pouvoir et retrouver une forme d’équilibre
La respiration est une porte d'entrée formidable pour reprendre le contrôle de votre système nerveux.
Certain·es connaissent la cohérence cardiaque :
Inspirer pendant 5 secondes.
Expirer pendant 5 secondes.
Le tout durant 5 minutes.
Cet exercice n'est pas une technique de relaxation, mais d'équilibrage. Il permet de rester calme, concentré et performant. C’est d’ailleurs une technique utilisée par les pilotes de chasse en plein vol. Elle équilibre les branches « accélératrice » — sympathique — et « freinatrice » — parasympathique — de votre système nerveux.
Alors, pour une détente plus profonde, notamment le soir, je vous propose d'aller plus loin avec le rythme 4/6 :
Inspirez par le nez pendant 4 secondes.
Expirez par le nez pendant 6 secondes.
En allongeant l'expiration, vous activez davantage le système parasympathique, celui qui favorise la récupération, la digestion et le sommeil. On n’est plus dans une technique équilibrante, mais bien dans un exercice relaxant.
Néanmoins, si ce rythme vous semble difficile au début, utilisez la cohérence cardiaque comme une passerelle pour assouplir votre système. Pratiquez-la le matin et à midi, puis essayez le rythme 4/6 le soir.
Le petit plus
Pendant ces exercices – 5/5 et 4/6 – veillez à ne pas prendre de grandes respirations bruyantes.
La respiration peut être ample, mais elle devrait rester silencieuse et contrôlée :
le mouvement commence dans le bassin, puis les côtes flottantes s’écartent latéralement vers l’extérieur, avant que la poitrine ne s’ouvre légèrement.
Respirer silencieusement aide à éviter l’hyperventilation, qui peut maintenir le système nerveux en mode alerte plutôt qu’en mode récupération.
Dans mes coachings, nous menons le travail bien plus loin, au point de réinstaller progressivement une respiration qui continue d’être spontanément fonctionnelle même lorsque vous n’y prêtez plus attention. Et lorsqu’elle se dérègle à nouveau, vous apprenez à le percevoir plus tôt, à en reconnaître les signaux, puis à retrouver volontairement un état plus stable avant que l’agitation ne s’installe durablement.
C’est là que le breathwork révèle toute sa puissance : préserver vos ressources, garder davantage de discernement, rester plus fonctionnel dans l’action, sans devoir constamment vous “reprendre en main”.
Autrement dit : apprendre à performer sans vous cramer.
C'est un voyage magnifique vers vous-même, à votre échelle, pour changer votre monde.
L’acupuncture, une autre voie pour apaiser l’anxiété
La respiration est une porte d’entrée précieuse pour retrouver une forme d’autonomie face au stress. Mais elle n’est pas toujours la plus accessible au départ.
Certaines personnes ne se sentent pas non plus spontanément appelées par ce travail.
D’autres traversent une période où leur système nerveux est déjà trop sollicité : ralentir la respiration, ressentir le corps, rester présent à soi peut alors sembler difficile, voire inconfortable.
Dans ces situations, l’acupuncture peut représenter un soutien intéressant. Elle ne demande pas d’effort volontaire, ni de “technique” à réussir. Elle permet simplement de venir déposer une partie de la charge, de relâcher les tensions accumulées et d’aider le corps à retrouver un terrain plus favorable à la régulation.
Dans la vision de la médecine traditionnelle chinoise, l’anxiété n’est pas seulement un état mental. Elle s’inscrit dans l’ensemble du corps : sommeil perturbé, oppression, fatigue, agitation intérieure, digestion plus fragile, difficulté à récupérer…
L’acupuncture vise à rétablir une circulation plus harmonieuse, à soutenir les capacités naturelles de régulation et à aider le système nerveux à sortir progressivement de l’état d’alerte.
Elle peut notamment accompagner :
• les périodes de stress chronique
• les troubles du sommeil
• les tensions physiques liées à l’anxiété
• l’agitation mentale
• la fatigue nerveuse
• les sensations d’oppression ou de surcharge
Pour certaines personnes, l’acupuncture peut être une première étape : retrouver un peu de calme, de disponibilité intérieure, puis, lorsque le moment est plus juste, apprendre à soutenir cet équilibre par la respiration.
L’objectif reste le même : vous aider à retrouver davantage de stabilité, de récupération et de marge de manœuvre dans votre quotidien.